Baromètre du Genre

Qu’est-ce que le Baromètre de l’égalité des sexes de la CEDEAO ?

Le Baromètre Genre de la CEDEAO (BGC) est le mécanisme phare de la Communauté pour mesurer, suivre et communiquer les inégalités de genre dans les 15 États membres de la CEDEAO. Développé par la Commission de la CEDEAO à travers le Centre pour le Développement du Genre (CCDG), le Baromètre répond à une lacune de longue date : la plupart des États membres ont pris de solides engagements juridiques et politiques en matière d’égalité de genre, mais les données comparables et ventilées par sexe pour suivre les progrès restent rares et fragmentées.

 

Le Baromètre :

  • Quantifie les écarts de genre à travers les principales dimensions du développement humain et de l’autonomisation des femmes.
  • Fournit une image régionale harmonisée, tout en mettant en évidence les différences entre les pays.
  • Appuie des politiques et investissements fondés sur des données probantes pour accélérer l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes, conformément à l’Acte additionnel de la CEDEAO sur l’égalité des droits entre les femmes et les hommes et à la Vision 2050 de la CEDEAO.

 

La première édition (année de référence 2021) établit une base régionale à partir de laquelle les futurs progrès seront mesurés.

Les trois composantes du Baromètre

Le Baromètre Genre de la CEDEAO repose sur trois composantes complémentaires :

 

  1. Analyse de la situation des inégalités de genre
    • Une analyse détaillée, au niveau régional et national, des écarts de genre dans neuf domaines, basée sur les données les plus récentes (2017–2021).
    • Met en lumière les progrès, les écarts persistants et les initiatives politiques ou programmatiques prometteuses.
  2. Indice d’Égalité de Genre de la CEDEAO (IEG-CEDEAO)
    • Un indice composite qui résume les inégalités de genre dans six domaines clés à l’aide de 38 indicateurs, avec 1 représentant la parité entre les femmes et les hommes.
    • Permet une comparaison facile entre les pays et dans le temps.
  3. Plateforme numérique de données et de connaissances
    • Une plateforme en ligne (en cours de développement) qui centralisera les données du Baromètre, les profils des pays et les ressources techniques, et les rendra accessibles aux décideurs politiques, chercheurs, organisations de la société civile, médias et partenaires de développement.

Que mesure le Baromètre Genre de la CEDEAO ?

Le cadre conceptuel du Baromètre combine les travaux théoriques sur l’égalité de genre avec les priorités politiques de la CEDEAO, en particulier l’Acte additionnel sur l’égalité des droits et les stratégies régionales de genre.

 

Il couvre neuf domaines de l’égalité de genre :

  1. Éducation
  2. Santé
  3. Emploi et revenu
  4. Accès aux ressources et aux actifs productifs
  5. Leadership et prise de décision
  6. Technologie (avec un accent sur la finance numérique et l’utilisation)
  7. Violence basée sur le genre
  8. Pauvreté (monétaire et multidimensionnelle)
  9. Utilisation du temps et travail domestique non rémunéré

 

Pour l’Indice d’Égalité de Genre, six domaines sont combinés en un score unique : éducation, emploi et revenu, santé, accès aux ressources, leadership et prise de décision, et technologie.

 

Chaque domaine est divisé en sous-dimensions (par exemple, alphabétisation des adultes, achèvement scolaire, qualité des emplois, propriété foncière et immobilière, paiements numériques, représentation politique, postes de direction) et mesuré à l’aide d’indicateurs soigneusement sélectionnés provenant de sources de données internationales et régionales (DHS, MICS, ILOSTAT, Banque mondiale, ONUSIDA, OMS, UIS, etc.).

How is the ECOWAS Gender Equality Index constructed?

Pour rendre l’Indice robuste et transparent, la CEDEAO suit une méthodologie en six étapes :

  1. Cadre conceptuel – définir les domaines et sous-domaines alignés avec les cadres politiques de la CEDEAO et les normes internationales.
  2. Collecte et traitement des données – compiler 44 indicateurs pertinents sur le genre pour les 15 États membres, traiter les données manquantes et assurer la comparabilité.
  3. Indice Égalité de Genre CEDEAO
  4. Mesure des écarts de genre – calculer un ratio femme-homme (sex-ratio) pour chaque indicateur, où 1 représente la parité ; les valeurs inférieures à 1 favorisent les hommes, celles supérieures à 1 favorisent les femmes.
  5. Indice Égalité de Genre CEDEAO
  6. Sélection statistique des indicateurs – retenir les indicateurs robustes, pertinents et disponibles pour la majorité des pays.
  7. Calcul des scores par domaine et de l’indice global – agréger les scores des indicateurs en six scores de domaine, puis en un indice régional unique à l’aide d’une moyenne géométrique.
  8. Choix du scénario le plus approprié (IEG-3g) – parmi plusieurs scénarios de pondération et d’agrégation, la CEDEAO a retenu celui qui offre le meilleur équilibre entre robustesse statistique et interprétabilité politique.

Pour 2021, l’Indice régional d’Égalité de Genre s’établit à 0,640, avec des scores nationaux allant de 0,584 (Libéria et Bénin) à 0,708 (Côte d’Ivoire). Cela confirme la persistance d’inégalités de genre en faveur des hommes dans l’ensemble de la région.

Messages clés de la situation de référence de 2021

1. Vue d’ensemble

Avec un score de 0.640, l’indice régional est encore loin de la parité (1.0), avec un écart moyen de 0.36.
Indice Égalité de Genre CEDEAO

La santé (0.871) et l’éducation (0.854) affichent les plus faibles écarts de genre et contribuent le plus à l’indice (23 % et 22 % respectivement).
L’emploi (0.736), l’accès aux ressources (0.610), la technologie (0.583) et surtout le leadership et la prise de décision accusent un retard important ; le leadership ne contribue qu’à 5 % de l’indice global.
Cela signifie que même si les filles et les femmes sont de plus en plus scolarisées et vivent plus longtemps, elles font encore face à de grands obstacles pour accéder à un emploi décent, à des ressources économiques, à la technologie et au pouvoir.

2. Éducation – de forts progrès, mais pas pour toutes

L’éducation est le domaine le plus proche de la parité (indice 0.85), mais des écarts persistent, notamment dans l’alphabétisation des adultes et l’enseignement supérieur.
Certains pays (ex. Cabo Verde, Ghana, Côte d’Ivoire, Togo) sont proches ou au-dessus de la parité à la plupart des niveaux de scolarisation, tandis que les pays sahéliens comme le Niger, le Mali et la Sierra Leone connaissent encore de fortes disparités.

3. Santé – proche de la parité, mais avec des poches de vulnérabilité

Avec un indice moyen de 0.871, la santé présente des écarts de genre relativement faibles, mais des différences importantes subsistent entre les pays et selon les indicateurs (mortalité maternelle, fécondité adolescente, incidence du VIH, mortalité infantile).
Les progrès en matière de santé des femmes et des filles restent fragiles dans les contextes de conflits, de chocs climatiques et d’interruptions de services.

4. Emploi et revenu – des inégalités persistantes dans la qualité et la sécurité du travail

Le domaine de l’emploi et du revenu (0.736) confirme un désavantage structurel pour les femmes sur le marché du travail dans la région.
En moyenne, moins de femmes que d’hommes participent à la population active (56,0 % contre 68,8 %) et moins ont un emploi (54,4 % contre 67,5 %).
Environ 5 femmes sur 6 ayant un emploi (82,6 %) sont dans un emploi vulnérable — souvent informel et précaire ; les femmes sont aussi plus susceptibles de travailler à temps partiel et gagnent en moyenne 11 % de moins par mois que les hommes.

5. Accès aux ressources et aux actifs productifs – un goulet d’étranglement majeur

Le domaine de l’accès aux ressources (0.610) révèle de profondes inégalités structurelles dans la propriété foncière et immobilière ainsi que l’accès aux services financiers formels.
Dans plusieurs pays, les femmes restent largement exclues des droits de propriété et du crédit, malgré les réformes juridiques et les programmes ciblés.

6. Leadership et prise de décision – des voix féminines encore sous-représentées

Les femmes demeurent sous-représentées dans la prise de décision politique et économique, bien que certains États membres aient adopté des lois de parité et des quotas.
Les moyennes régionales masquent des exemples positifs (tels qu’une plus forte représentation féminine dans les gouvernements ou parlements au Cabo Verde, Sénégal, Togo et Guinée-Bissau), mais globalement, le leadership reste le domaine le moins performant de l’indice.

7. Technologie et finance numérique – en croissance, mais avec une fracture numérique de genre

Entre 2017 et 2021, l’utilisation des paiements numériques a presque doublé dans la plupart des pays de la CEDEAO, mais seulement 23,3 % des femmes ont utilisé des paiements numériques, contre 35,5 % des hommes.
Les femmes sont moins susceptibles que les hommes d’utiliser un téléphone mobile ou Internet pour payer des factures, faire des achats en ligne ou accéder à un compte, en raison d’un manque d’accès aux appareils, de connectivité, de compétences numériques et d’accessibilité financière.

8. Violence basée sur le genre, pauvreté et soins non rémunérés – les moteurs cachés de l’inégalité

L’analyse de la situation met en évidence des niveaux élevés de violence basée sur le genre (VBG), y compris le mariage des enfants, la violence conjugale et des pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines — aggravées par les conflits et les crises. La mise en œuvre et l’application des lois de protection restent inégales.
Le travail domestique et de soins non rémunérés est fortement féminisé : dans plusieurs pays, les femmes consacrent 3 à 8 heures par jour à des tâches non rémunérées — 2 à 10 fois plus que les hommes — et moins de temps au travail rémunéré.
En conséquence, on estime que 32,7 % des femmes en âge de travailler sont en dehors du marché du travail en raison de responsabilités familiales, contre une part marginale d’hommes.

Pris ensemble, ces constats montrent que l’inégalité de genre au sein de la CEDEAO est multidimensionnelle, structurelle et profondément ancrée dans les normes sociales, les institutions discriminatoires et la distribution inégale du travail de soins non rémunéré.

Pourquoi l'égalité des sexes est une priorité économique pour la CEDEAO

Le Baromètre souligne que l’égalité de genre n’est pas seulement un droit humain mais aussi une stratégie économique intelligente :

  • En Afrique de l’Ouest, la réduction des écarts de genre dans la participation au marché du travail pourrait augmenter les revenus de 1 à 30 % du PIB, selon le pays.
  • Les lois, normes et pratiques discriminatoires coûteraient à l’Afrique de l’Ouest environ 120 milliards de dollars américains chaque année.

 

Investir dans l’éducation, la santé, l’autonomisation économique, le leadership et l’inclusion numérique des filles et des femmes est donc essentiel pour réaliser la Vision 2050 de la CEDEAO, une croissance inclusive et la stabilité régionale.

Comment utiliser la page du Baromètre du genre de la CEDEAO

Cette page est la porte d’entrée vers toutes les ressources du Baromètre. Elle est conçue pour :

  • Les décideurs politiques et planificateurs – intégrer les données probantes sur le genre dans les plans nationaux de développement, les politiques sectorielles, les budgets et les cadres de suivi.
  • Les mécanismes nationaux du genre et les offices de statistique – soutenir la production de données, l’analyse et le reporting sur les engagements en matière d’égalité de genre.
  • Les parlementaires et élus locaux – éclairer les travaux législatifs et de supervision sur l’égalité de genre.
  • La société civile, les organisations de femmes et les médias – plaider en utilisant des statistiques fiables et suivre la redevabilité.
  • Les chercheurs, étudiants et partenaires de développement – approfondir l’analyse, les études comparatives et la programmation.

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